Royal au bon air de campagne

                               

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Blog de la Charente libre


Et l'affaire Frêche? Et les sondages de popularité favorables à Strauss-Kahn et Aubry? Ségolène Royal balaie les questions des journalistes parisiens. Elle ne les a pas invités là, à Marçay, petite bourgade au sud de Poitiers, les pieds dans la boue devant une chèvrerie, pour tenir des conversations de salon. «J'ai un unique mandat. Mon objectif est de faire de Poitou-Charentes une des premières régions écologiques d'Europe. Ni le sujet ni l'heure ne sont à l'élection présidentielle de 2012.» Fermez le ban. Non, ce jeudi matin, Ségolène Royal donne un second départ à sa campagne pour les élections régionales des 14 et 21 mars. La liste des candidats est déposée depuis lundi. Ses 62 colistiers sont presque tous là, autour d'elle, plus les présidents des comités de soutien départementaux, Maxime Bono, député-maire de La Rochelle, Jean Grellier, député des Deux-Sèvres, Alain Claeys, député-maire de Poitiers, Jean-Claude Viollet, député de la Charente, qui supplée Michel Boutant retenu au Sénat.

«Une ruralité vivante»

Premier message: les chicaneries de la composition des listes sont dans le rétroviseur. «Fraternité, tolérance, intelligence collective, voilà ce dont nous avons plus que jamais besoin en cette période de crise. C'est pourquoi j'ai voulu et je veux encore rassembler des gens venus d'horizons divers», martèle Ségolène Royal. Et chaque couleur de sa liste arc-en-ciel (orange, rose, vert, rouge) a son temps de parole: le syndicaliste CGT châtelleraudais Guy Eyermann, l'ancien cheminot communiste saintais Jacky Emon, le Vert et vice-président sortant Georges Stupar, la «centriste humaniste», pour ne plus dire MoDem, Marie-Laure Tissandier, médecin urgentiste à La Rochelle, le radical et agriculteur de Charente-Maritime Benoît Biteau au discours détonant.

Deuxième message: la ruralité sera l'un des thèmes majeurs du reste de la campagne de Ségolène Royal: «Nous avons agi depuis six ans pour une ruralité vivante et nous allons continuer de le faire avec d'autant plus de conviction que, plus que tout autre secteur, l'agriculture s'articule avec notre préoccupation écologique.»

Elle n'avait pas choisi de rassembler ses colistiers par hasard à «La Ragondillère» de Marçay. A 300 mètres du bourg, le chemin débouche sur la ferme d'un jeune agriculteur. Sur 10 hectares, au milieu des céréaliers, Stéphane Moreau, la trentaine, élève quarante chèvres poitevines, celles qui ont donné au fromage de chèvre du Poitou toute sa finesse. Encarté nulle part, proche de la Confédération paysanne, soucieux de l'écologie et d'une production de qualité, il met la dernière main à la construction de sa chèvrerie, un bâtiment écologique: bois du pays, panneaux photovoltaïques, chanvre comme isolant, eau chaude solaire. «Je fonctionne en autonomie énergétique», résume-t-il. Les circuits courts de distribution, la mise en place d'un réseau de magasins coopératifs, l'aide à l'installation des jeunes, le soutien aux agro-industries que promet de développer Ségolène Royal, Stéphane Moreau y croit: «Elle fait de la politique concrètement, je l'ai vérifié pour construire ma chèvrerie.» Il est midi trente. Rien à ajouter. Casse-croûte à la bonne franquette contre les bottes de paille. Opération communication rurale réussie. La prochaine sera «sur un autre thème, sur place aussi, c'est encore un secret», glisse Blanka Scarbonchi, l'une de ses proches collaboratrices.

Fleur, la fille de l'éleveur, avait un chevreau dans les bras. Ségolène Royal ne l'a pas pris. «Risque de similitude avec une image récente», a-t-elle souri (Villepin avec un porcelet dans les bras en Bretagne!).